Tribune sur les entrepreneurs

05/09/2005 dans Entreprendre | Commentaires (8)

Geoffroy Roux de Bézieux, le Président de CroissancePlus (dont je suis membre) qui est aussi le fondateur de The Phone House, est l'auteur d'une tribune parue dans le Figaro la semaine dernière. Là voici, elle est bien :

Nos entrepreneurs sont-ils des patriotes ?

Depuis que le premier ministre a utilisé ce terme, les incantations se multiplient pour appeler les entrepreneurs français au «patriotisme économique». Curieusement, on a entendu jusque-là surtout des hommes politiques ou des hauts fonctionnaires s'exprimer... pas les chefs d'entreprise. Est-ce à dire qu'ils ne sont pas patriotes ? Ou peut-être qu'ils ne sont pas très à l'aise avec ce «mélange des genres», entre le monde réputé cynique et calculateur de l'entreprise, et cette notion chargée d'émotion de «patrie».

Messieurs les hommes politiques, sachez-le, la plupart des entrepreneurs sont patriotes. D'abord parce que l'entrepreneur reste un citoyen quand il passe la porte de son entreprise. Contrairement à ce que semble croire la majorité des Français, l'entrepreneur n'est pas un robot qui applique sauvagement la théorie économique libérale la plus pure et prend ses décisions de manière complètement rationnelle. Il est le plus souvent écartelé entre ses sentiments personnels, les intérêts de ses actionnaires, de ses clients et de ses employés, les trois piliers sans lesquels il n'y a pas d'entreprise, et donc pas d'entrepreneurs.


Les entrepreneurs français sont des patriotes, surtout parce qu'ils ont choisi d'entreprendre en France où, le moins que l'on puisse dire, est que l'environnement, qu'il soit fiscal, juridique ou même culturel, ne leur est pas favorable. Les entrepreneurs aiment la France, mais il n'est pas évident que ce soit réciproque. Le premier acte de patriotisme économique consiste donc à créer ou à développer son entreprise en France, à payer ses charges sociales à l'Ursaff, même si l'on ne se verse pas de salaire, à se battre avec la complexité d'un Code du travail de plus de 1 200 pages quand on embauche ses premiers salariés, à découvrir les «effets de seuil» à 20, à 50 puis a 250 salariés... ! Enfin, quand vient éventuellement une certaine forme de réussite matérielle, l'entrepreneur patriote paye son IRPP, sa CSG, son ISF... et ainsi contribue par la redistribution fiscale au bien-être de ses concitoyens (ou du moins est-il en droit de le croire... !).

Bref, comme Monsieur Jourdain, les entrepreneurs français font du patriotisme sans le savoir, en refusant d'aller créer les entreprises ailleurs, alors que beaucoup en ont la capacité, en particulier dans la jeune génération.
Il arrive cependant dans la vie d'un entrepreneur le moment ou pour grandir, il doit s'ouvrir : ouvrir son capital par une entrée en Bourse ou ouvrir de nouveaux marchés par une implantation à l'étranger. C'est à ce moment que le «patriotisme économique» devient une notion plus ambiguë. Car l'entreprise en grandissant devient forcément plus internationale et même plus apatride. Car l'entrepreneur, en étant dilué capitalistiquement, en devenant un chef d'entreprise révocable «ad nutum» ne pèse plus de la même manière dans les décisions, même si, à titre personnel, il reste toujours un citoyen de «quelque part».

Danone, L'Oréal ou Aventis sont encore probablement des entreprises «françaises», et pourtant, il y a longtemps qu'elles ne créent plus d'emplois en France et que leurs investissements sont fort logiquement tournés vers la conquête de nouveaux marchés. Défendre Danone contre une OPA fantôme est apparu récemment aux hommes politiques comme le parangon du «patriotisme économique» et pourtant, à part les actionnaires qui ont vendu au plus haut, quelles retombées les Français vont-ils recevoir de cette «contre-OPA» politique ? Il est peu probable que les décisions d'investissements de Danone soient bouleversées par ce consensus politique.

A l'inverse, la France manque cruellement, non pas de créateurs d'entreprises mais d'entrepreneurs, c'est-à-dire d'hommes et de femmes capables de créer et de développer des entreprises de 0 à plusieurs milliers de salariés. Et quand ces entrepreneurs existent et qu'ils décident de vendre ou de financer leur croissance, c'est le plus souvent vers l'étranger qu'ils se tournent, alors que le potentiel de croissance et donc de création d'emplois en France est encore immense. Plus de la moitié des changements de capital de «jeunes pousses» ayant eu lieu en 2004 ont été le fait d'acteurs étrangers essentiellement américains. Le véritable «patriotisme économique», ne serait-ce pas plutôt de faire en sorte que naissent et se développent en France des Dell, des Cisco, des Google, des Ebay... plus que d'éviter les OPA sur Danone. Ne serait-ce pas plutôt de développer Alternext que de protéger le CAC 40, de faire en sorte que naissent et se développent en France les leaders des vingt prochaines années. Il est symptomatique de constater que 100% des sociétés actuelles du CAC 40 étaient présentes il y a vingt ans et que 80% des 500 premières fortunes professionnelles ont été héritées. Aux Etats-Unis, les proportions sont inverses ! C'est le mouvement qui crée les richesses et la croissance et non pas la défense des positions établies ! Hélas, la création récente de l'agence pour l'innovation (A2I), par le gouvernement, réservée aux entreprises de plus d'un milliard d'euros, illustre bien ce défaut français : on croit mieux défendre la France en défendant les grandes entreprises que les PME innovantes ! C'est le syndrome du plan calcul !

Notre premier ministre, qui est un féru de l'épopée napoléonienne, sait que ce sont les vieux maréchaux couverts de titres et d'or qui ont trahi l'Empereur, non pas ses jeunes colonels encore épris de gloire et d'honneur. Si on leur en donne les moyens, les entrepreneurs français sont prêts à relever le défi du «patriotisme économique».

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Lisez la tribune de Geoffroy Roux de Bézieux, le Président de CroissancePlus dans le Figaro sur le patriotisme des entrepreneurs. Jadhère à 100% à cette déclaration. A noter le paragraphe sur le manque dentrepreneurs. ... [Lire la suite]

Commentaires

clap clap clap

Et en tant que créateur d'entreprise ayant payé cette année une palanquée de cotisations sociales et autres prélèvements pour des bénéfices sociaux auxquels je n'aurais pas droit si je ferme l'entreprise, cette tirade m'est allée droit au cœur.

"l'environnement, qu'il soit fiscal, juridique ou même culturel, ne leur est pas favorable"

Je vais la noter, celle-là....

Un collègue qui n'a jamais eu d'employés, alors qu'il aurait vraiment besoin d'une assistante commerciale, vu le bazard chez lui, m'avait dit un jour où, naïf expat' que j'étais, je lui demandais pourquoi lui et son épouse ne se déchargeaient pas un peu en embauchant quelqu'un : "Une assistante soit-disant bilingue ça coûte 10,000 balles, et entre les cotisations patronales et le reste, elle et l'Etat me boufferaient toute ma marge". J'avais du mal à y croire. Hélas, l'URSSAF, l'ORGANIC et autres sangsues se sont empressés cette année de me prouver que c'était bien vrai... Si on veut vraiment aider la création d'entreprises, et l'emploi, ce n'est pas au dixième employé qu'il faut penser, mais bien aux premiers.

Réflexion amère de fin de soirée :-)

J'entendais sur Europe 1 hier un économiste (dont je n'ai pas retenu le nom), qui lui aussi fustigeait le français pour son amour de l'état providence. Quand quelque chose ne va pas, rien de plus simple que de se tourner vers nos gouvernants.
C'est symptomatique d'une France trop assistée, 27% des salariés sont fonctionnaires et donc râleurs; ils préfèrent détruire plutôt que contruire comme essaient de le faire les chefs d'entreprises ou certains syndicats. Le droit du travail est en faveur des salariés et c'est tant mieux, car ce sont des consommateurs et qu'il font aussi touner l'économie. Mais malheureusement, la création d'emploi n'est plus l'apanage de l'Etat,qui à force de s'endetter est maintenant obligé de chercher à faire des économies pour ne pas sombrer dans un endettement qui coûte cher à tous.
Je ne crois pas qu'il faut encore demander à l'Etat de participer au développement économique de notre pays. Le principal problème d'un entrepreneur est l'argent. Hors, les banques ne soutiennent plus les entreprises depuis 10 ans maintenant. En outre, le français est le champion du monde de l'épargne, ce qui fait la fortune de nos banquiers et assureurs. Il existe actuellement des mesures incitatives à l'investissement dans les entreprises, mais trop peu motivantes pour donner au français le goût du risque. Je penses qu'il faudrait donc orienter la fiscalité pour pousser les français à investir plus dans des FCP, des Cigales ou en direct (Business Angels). On fustige beaucoup nos voisins anglo-saxons de leur ultra-libéralisme. Mais même si le cadre légal social est plus souple, les chiffres sont là : le nombre de création d'entreprise, de capital-risqueurs et de business angels est 50 à 200 fois supérieur. Alors gardons notre droit du travail protecteur mais arrêtons de prendre les entrepreneurs pour des bourreaux et incitons plutôt les français à innover, entreprendre, et créer des emplois. Ce sera bénéfique pour tout le monde.
Enfin, je penses que le dialogue que veut instaurer la nouvelle présidente du Medef, Laurence Parisot, est une bonne solution. Car, le français souvent égocentrique, ne voit que ses problèmes personnels et ne s'intéresse que peu à son environnement économique. Ce qui est aussi la conséquence de l'expatriation de nombreux chefs d'entreprises. Alors continuons ce dialogue pour négocier des accords qui iront dans l'intérêt de tous et non plus uniquement des salariés. Pour préserver nos emplois, il faudra plus de consensus sinon on va droit au mur.

DDA > tu vas repartir pour la Corée !?
PF > merci pour votre input.

Tout a fait d'accord avec toi Pascal, le simple fait de ne pas fuir la France, son administration, son système fiscal et sa dépression est en soi une preuve de patriotisme.

Il est certain que je vais repartir. Où et quand est une autre histoire [probablement en Asie du Sud-Est, marre des hivers coréens à -15°]. Mais c'est ma société qui va déménager, avant moi :-)

DDA, reste !
Rodrigo > merci.

Paris n'est pas la France!!!

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